Injustices de la justice
AAQ.CA Autochtones Indiens
Liberté d'expression

Le Journal de Montréal, samedi 14 juillet 2008

Longtemps la mal-aimée des grandes libertés du Canada, la liberté d'expression vient d'emporter trois victoires juridiques. Dans chacun de ces cas, la rectitude politique en a pris un coup.

D'abord, la Cour suprême, dans une question de diffamation, a déclaré qu'un commentaire fait de bonne foi est justifié même s'il est déraisonnable. En l'occurrence, l'utilisation d'un langage exagéré contre les homophobes n'a pas engendré de responsabilité civile.

Dans une autre cause, très médiatisée, la Commission des droits de la personne de la Colombie-Britannique n'a pas retenu les plaintes contre le journaliste Mark Steyn et contre le magazine McLean's à la suite de sa critique cinglante de l'islam.

Finalement, la Cour d'appel du Québec a refusé aux membres du Falun Gong, une nouvelle «religion» chinoise, de poursuivre un journal qui avait publié des propos scabreux au sujet de leur fondateur, maître Lee. Maître Lee lui-même aurait pu poursuivre. L'humiliation et le sentiment d'avoir été blessés ne permettaient toutefois pas aux adhérents de cette religion de demander compensation pour eux-mêmes.

L'effet de ces jugements sera particulièrement marquant en matière de religion. La liberté de religion et de conscience est assez large pour englober le droit de s'opposer à la religion et de critiquer une ou plusieurs religions. On peut faire cela de façon polie, respectueuse mais aussi de façon musclée et insultante.

À la suite de cette série de jugements, il est clair que les caricatures de Mohammed, si contestées à travers le monde, seraient parfaitement loisibles chez nous.

De nos jours, des critiques du christianisme, notamment dans l'histoire du Québec, passent sans problème, mais les autres religions s'élèvent contre toute critique ou satire. Après les récents jugements, nous pourrions prendre pour acquis qu'il n'y a plus de sujets tabous et que seule la propagande haineuse défmie d'une façon très étroite est sujette à sanction. TI est peut-être temps de demander aux tribunaux de réexaminer les lois sur la propagande haineuse dont les risques à la liberté sont plus grands que les bénéfices.

AU-DELÀ DE LA RELIGION

La nouvelle tendance favorable à la liberté s'étendra au-delà de la religion, à tous les sujets controversés. L'égalité des sexes, l'égalité des races et le respect de toutes les orientations sexuelles sont très importantes pour nous. Est-il cependant nécessaire d'insister que ceux qui ont une vision traditionnelle ou même rétrograde se taisent?

Depuis quelques années, le Canada souffre d'une gentillesse étouffante. Il ne faut pas dire des choses qui blessent ou offensent des membres des lobbys puissants.

Cette obligation de gentillesse est loin d'être si gentille.

Au nom de la gentillesse et des droits absolus des soi-disant victimes, nous sommes prêts à briser des carrières, à imposer des sanctions monétaires accablantes et même à utiliser le droit pénal contre ceux qui rechignent à l'orthodoxie dominante.

Il est vrai qu'une partie des discours prohibés est le fruit de l'ignorance, de la colère et du mauvais goût. En même temps, il existe une possibilité que des idées nouvelles, différentes et innovatrices soient réprimées ou non exprimées par prudence.

Espérons donc que le revirement des tribunaux en faveur de l'expression libre sonne le glas de la rectitude politique et de la gentillesse étouffante.

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de la Cour Suprême du Canada en date du 21 février 2002

La Révolte des Victimes: connaître et faire respecter ses droits

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